Un peu de décence.

« Tu pourrais être en train de mourir du covid dans un hôpital de banlieue ! Un peu de décence. »

J’ai reçu ce commentaire sous un de mes statuts, l’autre jour, où j’expliquais que parfois, à cause de cette situation sanitaire, je ressentais de la tristesse ou de la colère. 

Depuis le début du confinement, comme la plupart d’entre nous, j’imagine, mon moral joue aux montagnes russes. 

Il y a des jours où je suis tout en haut, où ça va, où je bosse, je range, je trie, et où je relativise, aussi, parce qu’évidemment je ne suis pas du tout à plaindre comparé à d’autres et que j’arrive à voir « le bon côté des choses ».

Et d’autres jours où une certaine nostalgie, une tristesse lourde s’abat sur mes épaules.

Je pense, égoïstement, à ce que j’ai raté pendant ces deux mois, à ces moments qu’on ne nous rendra pas, à ce qu’on ne pourra pas vivre, à ce qu’on ne pourra pas faire « comme prévu » ou « comme avant ». 

Je partage ces hauts et ces bas sur les réseaux sociaux, comme je le fais avec mes conseils séries, livres ou encore mes recettes, et je me demande si dire qu’on se sent triste c’est indécent.

Si dire qu’on se sent en colère parce qu’on ne peux pas faire correctement son travail est indécent.

Si oui, alors de quelles émotions peut-on parler publiquement ?

A-t-on le droit de se plaindre des ses enfants alors que certains n’arrivent pas à en avoir ? 

De dire que le repas de la cantine était dégueu, sans penser à ceux qui crèvent de faim ?

Peut-on dire que notre boulot nous emmerde alors que des gens sont au chômage et dans le besoin ? 

Peut-on regretter de ne pas pouvoir prendre sa grand-mère dans les bras, pendant cette pandémie, alors que beaucoup n’ont plus la chance d’en avoir une, et que d’autres n’ont même pas de bras ???

Les malheurs des autres existent toute l’année, pas qu’en ce moment.

Où est la limite, lorsqu’on parle de ce qu’on ressent ?

Le but, lorsque je partage une émotion sur les réseaux sociaux, ce n’est pas de me plaindre mais de me sentir moins seule.

Lorsque je lis en retour que d’autres se retrouvent dans ce même sentiment, qu’ils le comprennent, ou qu’ils m’expliquent comment, par exemple, ils ont réussi à le vaincre, ça me permet de relativiser et de me dire que c’est normal, pas si grave et que ça ira mieux demain. 

Est-ce que cela veut dire qu’on n’est pas compatissants ? Pas au fait de ce qui se passe, de ce que les autres vivent ?

Est-on trop auto centrés ? 

Est-ce que dire « je suis triste et en colère parce que ce virus me prive de ma liberté » est indécent ?

Peut-être. 

Je ne sais pas.

Je n’ai pas répondu à ce commentaire, je l’ai bloqué en revanche, car je n’avais pas besoin, ce jour là, de ces accusations. 

Je n’avais pas la force, ce jour là, d’essayer de convaincre que je n’étais pas un monstre. 

Encore moins de convaincre une personne qui n’interagit JAMAIS avec moi en temps normal et qui vient juste me jeter cela à la figure.

Je sais que certaines circonstances peuvent amener à juger l’autre sévèrement (la perte d’un proche ? une situation difficile ? un syndrome pré menstruel compliqué ?), et je comprends qu’on ait parfois besoin de s’en prendre comme ça à quelqu’un et qu’on n’ait pas toujours le temps de formuler une réponse qui, même si elle montre un désaccord, reste quand même courtoise et invite à l’échange et à la réflexion. 

Je comprends aussi qu’on ait besoin de se défouler au hasard sur quelqu’un sur internet. ça fait du bien, ça donne un petit sentiment de puissance et puis après tout on s’en fout, on éteint et on passe à autre chose.

Pourquoi pas. Il parait que c’est le jeu lorsqu’on s’expose. 

Mais j’ai quand même envie de croire que partager ses émotions, positives ou négatives, surtout pendant cette période compliquée pour tous, ce n’est pas être indécent.

L’indécence, pour moi, c’est dire aux autres ce qu’ils devraient, ou non, ressentir. 

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Source: Wonder mum

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